Dans le tumulte de la crise humanitaire qui frappe la ville de Goma et ses environs, les populations déplacées continuent de faire face à de multiples défis. Parmi eux, la malnutrition reste une menace silencieuse qui touche particulièrement les enfants de moins de cinq ans ainsi que les femmes enceintes et allaitantes (FEFA). Conscients de cette urgence, l’organisation GRAM, en collaboration avec AHADI, sous la supervision du PRONANUT et avec le soutien d’AVSI/UNICEF, a organisé une vaste campagne de dépistage nutritionnel du 7 au 11 mars 2024 dans le site des déplacés d’ACOGENOKI.
Un contexte alarmant
La ville de Goma accueille actuellement un afflux massif de populations déplacées en raison des conflits armés dans les territoires avoisinants. Selon le rapport CCCM de janvier 2024, environ 506 000 nouvelles personnes ont fui leur domicile pour se réfugier dans des sites formels et informels, augmentant ainsi la pression sur les services sociaux de base. La situation nutritionnelle précaire de ces populations était déjà mise en évidence par l’enquête SMART d’août 2023, révélant des taux de malnutrition aiguë globalement supérieurs à 9 % dans plusieurs sites de Goma.
Une mobilisation pour le dépistage

Pendant trois jours, les équipes de GRAM et ses partenaires se sont mobilisées pour aller à la rencontre des déplacés dans le site d’ACOGENOKI. Munis de MUAC (rubans de mesure de la circonférence brachiale) et de PPN (produits nutritionnels), les agents de santé ont parcouru le site en faisant du porte-à-porte pour identifier les cas de malnutrition.
Les chiffres enregistrés témoignent de l’ampleur du problème :
- 904 enfants de 0 à 59 mois ont été dépistés, dont 213 cas de malnutrition aiguë modérée (MAM), 16 cas de malnutrition aiguë sévère (MAS) et 2 enfants présentant des œdèmes.
- 299 femmes enceintes et allaitantes (FEFA) ont été examinées, avec 20 cas de malnutrition modérée.
Face à cette situation critique, une prise en charge immédiate a été assurée. Chaque enfant MAM a reçu 7 sachets de PPN pour 7 jours, tandis que les enfants MAS ont été dotés de 14 sachets de PPN pour 14 jours.
Un accompagnement au-delà du dépistage
Afin de garantir un suivi efficace, les équipes de GRAM ont invité les familles à se rendre à la clinique mobile pour un contrôle régulier des mesures anthropométriques. Par ailleurs, 444 personnes, dont les FEFA et des personnes vulnérables, ont reçu un kit d’hygiène contenant du savon, renforçant ainsi les efforts de sensibilisation à l’hygiène et à la prévention des maladies.
Des défis persistants
Malgré les résultats encourageants, des obstacles demeurent. De nombreux déplacés hésitent encore à se rendre à l’hôpital de référence à Kyeshero, par crainte de discrimination. Cette situation complique la continuité des soins et nécessite un plaidoyer accru pour garantir un accès équitable aux services de santé.
Une mobilisation continue
Pour répondre durablement à la malnutrition dans les sites de déplacés, il est essentiel de :
- Assurer un suivi rigoureux des enfants identifiés avec la malnutrition aiguë jusqu’à leur récupération complète.
- Renforcer la collaboration avec le PRONANUT et les partenaires humanitaires pour garantir un approvisionnement suffisant en intrants nutritionnels.
- Continuer les actions de sensibilisation et d’accompagnement des familles pour lutter contre la malnutrition et promouvoir les bonnes pratiques alimentaires et d’hygiène.
Une lueur d’espoir
Cette intervention a permis non seulement de détecter des cas de malnutrition mais aussi d’agir rapidement pour éviter des complications graves. Dans un contexte où l’insécurité et les déplacements forcés mettent à rude épreuve la résilience des communautés, chaque action de dépistage et de prise en charge représente un pas de plus vers la protection des vies vulnérables.
L’engagement de GRAM et de ses partenaires demeure inébranlable. Ensemble, nous continuerons à lutter contre la malnutrition et à rétablir l’espoir pour ces milliers d’enfants et de familles en quête de sécurité et de dignité.



